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Niamey
31 mars, 2025
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 Quand les mots (re)fondent la réalité au Sahel                          

Le premier coup d’État au Niger a été perpétré en 1974 par un groupe de militaires réunis sous la bannière du Conseil militaire suprême, CMS dirigé par le colonel Seyni Kountché, chef d’état-major des forces armées nigériennes. Le groupe a renversé le premier président du pays, Diori Hamani, dont l’épouse a été tuée au moment du putsch. Le deuxième coup d’État a eu lieu en 1996. Un autre groupe d’officiers, dirigé par le chef d’état-major des forces armées nigériennes, agissant au nom du Conseil national du salut (CNS), a renversé le président Mahamane Ousmane, élu trois ans plus tôt. Le colonel Ibrahim Baré Mainassara, qui avait pris le pouvoir à cette occasion, a été assassiné à l’aéroport de Niamey en 1999 par le troisième coup d’État. Un groupe de militaires, réunis au sein du Conseil de réconciliation nationale (CRN) et dirigés par le chef de la garde présidentielle, le commandant Daouda Malam Wanké, met fin à sa vie et à son pouvoir.

En février 2010 a lieu le quatrième coup d’État dirigé par le Conseil suprême pour la restauration de la démocratie (CSRD), dirigé par le commandant Djibo Salou, chef d’une compagnie militaire à Niamey. Le président déchu était Tandja Mamadou, un militaire à la retraite qui avait tenté de dépasser les deux mandats présidentiels canoniques. Nous arrivons au cinquième coup d’État, en moins de cinquante ans, perpétré contre le président Mohamed Bazoum le 26 juillet 2023. Il a été orchestré par le chef de la garde présidentielle et chef de l’Etat actuel en exercice. Il s’agit du général de brigade Abdourahamane Tiani, sous couvert d’un groupe de militaires appelé Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP). A chaque fois, les militaires ont justifié les coups d’Etat en prétextant une gouvernance économique, sociale, politique et sécuritaire délétère. Pour le dernier putsch.

Du Conseil Militaire Suprême au Conseil de Salut National, en passant par le Conseil de Réconciliation Nationale et le Conseil Suprême pour la Restauration de la Démocratie. Le dernier en date, comme mentionné, est le Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie. De Conseil en Conseil, Suprême ou en tout cas National avant tout avec la Patrie comme concept ultime de redéfinition ou plutôt de refondation de la souveraineté nationale. Des Conseils militaires et donc dotés de canons de fusils pour convaincre et surtout conserver le pouvoir. Tout en s’appuyant sur la charte de transition ou de refondation pour les 60 prochains mois, avec la possibilité de variations ultérieures, le président déchu est toujours prisonnier dans le palais présidentiel avec madame. Quand la fin justifie les moyens, il faut s’inquiéter car il y a nous savons d’une complicité inséparable entre les deux.

Le régime militaire actuellement au pouvoir préfère parler de « refondation » de l’Etat, de la République, de la vie politique et surtout du citoyen. Elle est l’action de fonder à nouveau et désigne, surtout dans le domaine politique, l’action par laquelle on vise à renouveler les principes sur lesquels repose une organisation ou un système. Refonder, implique s’adapter à la nouvelle situation. La Charte repose, entre autres, sur un certain nombre de valeurs et de principes dont le patriotisme, la discipline, le civisme, l’ouverture, la solidarité, la fraternité… l’intégrité, l’honneur, le respect du bien commun, la tolérance, le dialogue et le pardon. Puis la justice, la réconciliation, la dignité, le travail, l’honnêteté et le courage. Tout cela était déjà dit, écrit et professé dans les constitutions précédentes, mais la refondation part du principe que ce qui a été construit jusqu’à présent n’est plus à sa place ou n’a pas été réalisé. Entre le nouveau et l’ancien, ce sont eux, les soldats aux beaux uniformes qui, de Conseil en Conseil, refondent les mots.

 Mauro Armanino, Niamey, mars 2025

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