Dans notre précédente édition, nous rapportions que le Directeur Général du Centre National de Coordination du Mécanisme d’Alerte Précoce et de Réponses aux Risques Sécuritaires (CNAP Niger), M. Ibrahim Garba Birmaka, et son collaborateur, le Colonel Major Boubacar Hassan, ont été placés sous mandat dépôt depuis quelques jours. Nos investigations continuent dans ce sens et laissent entrevoir la possibilité d’une machination visant le DG Ibrahim Garba Birmaka et son collègue, le Colonel-major Boubacar Hassan. Ce dernier a été Directeur de l’Information et des Relations Publiques de l’Etat-major des Armées du Niger, apprend-on. Il a été nommé analyste au CNAP en tant que chargé des questions de sécurité (terrorisme, extrémisme violent et radicalisation) le 6 novembre 2020. À la suite du même décret, l’analyste chargé des questions de crime et de criminalité comme le trafic de drogues, d’êtres humains, etc, l’analyste chargé des questions environnementales (changements climatiques, catastrophes naturelles), l’analyste chargé des questions de santé (épidémies, pandémies, santé publique) et l’analyste des questions de gouvernance et des droits humains ont été nommés après une procédure rigoureuse de sélection. Tous ceux qui travaillaient au CNAP sont des experts avérés, chacun dans son domaine.
L’aisance avec laquelle le CNAP a été dissous par la junte soulève de nombreuses interrogations. Par exemple, pour quelle raison précise seuls le DG et son collègue ont été interpellés parmi tous ceux qui travaillent dans le Centre ? Est-ce que la situation de l’État du Niger est devenue si précaire que les simples opinions exprimées par un civil ont le pouvoir de mettre en péril sa sécurité et sa stabilité ?
Il semblerait que les accusations portées à l’encontre de ces deux experts seraient fondées exclusivement sur des conversations ordinaires échangées entre collègues et collaborateurs de service sur la vie de la Nation. En principe, tout citoyen a le droit fondamental d’exprimer ses opinions et ses points de vue par rapport à n’importe quel sujet relatif à son pays. Ce droit est d’autant plus légitime pour un expert dont la mission consiste à analyser en profondeur les différentes options et à proposer aux autorités des solutions pérennes pour faire face aux risques et aux menaces en matière de sécurité. Dans tous les cas, il est indéniable qu’un citoyen a le droit d’avoir son propre point de vue sur la gestion des affaires publiques et le fait de l’exprimer dans une conversation privée ou publique ne constitue pas un crime.
La présomption d’innocence est un fondement essentiel du système judiciaire : en vertu de ce principe, toute personne est considérée comme innocente tant qu’une preuve de sa culpabilité n’a pas été établie au-delà de tout doute raisonnable par une accusation. Au stade de nos investigations, rien ne prouve que Ibrahim Garba Birmaka et son équipe ont agi en dehors des limites de leurs responsabilités et de leurs compétences. Monsieur Birmaka est un jeune expert brillant qui démontre une préoccupation pour la stabilité et la sécurité de son pays, comme en ont témoigné de nombreux acteurs de la société civile ayant collaboré avec lui. Sa compréhension approfondie des enjeux le met en phase avec les attentes des autorités et des partenaires du Niger tels que le PNUD, l’USAID, les Coopérations belge, allemande et espagnole avec lesquels le CNAP coopère depuis sa création.
Le CNAP Niger, un modèle
Grâce au travail d’exception du Directeur Général et de son équipe, le CNAP Niger était en partenariat avec l’Organisation de coordination pour l’analyse de la menace (OCAM) basée à Bruxelles. En septembre 2022, l’OCAM avait effectué une première visite au CNAP. En 2023, c’était le tour de l’OCAM de recevoir la délégation du CNAP à Bruxelles.
Depuis la création du CNAP, le Niger brillait comme un exemple à suivre en ce qui concerne la coordination des mécanismes d’alerte précoce et de suivi des risques sécuritaires. D’ailleurs, en mars 2023, une importante délégation du Cap-Vert a visité le CNAP en perspective de la mise en place d’un centre similaire dans ce pays. Tout comme le Niger, le Burkina Faso, la Guinée, le Nigeria, le Mali et le Togo ont également leurs propres CNAP. Mais celui du Niger est unanimement reconnu comme le meilleur de tous. Même le Chef du Gouvernement malien s’est émerveillé de l’harmonie remarquable entre les CNAP du Mali, du Niger et du Burkina lors de la quatrième session du Conseil d’orientation et de suivi du CNAP Mali, qui s’est déroulée à Bamako, le 27 juin 2024. Pour sa part, le Directeur général du CNAP Mali a mis en avant l’importance de collaborer étroitement avec les organismes publics et privés, la société civile, ainsi que les partenaires techniques et financiers, dans le but de renforcer la résilience des populations face aux risques identifiés.
Alors, au Niger, comment expliquer autrement cette misère faite au CNAP et à son DG, sans raison objective valable ?
Il est important pour les autorités de faire droit à l’Etat de droit. Car le Niger est un Etat de droit. Evitons de sombrer dans la haine et les règlements de comptes.
Bien que les racines de la haine politique remontent à l’époque de la República de Cicéron, elle tend à prendre un nouveau souffle singulier dans notre pays. Dans une telle situation, il revient aux juges la lourde responsabilité de garantir à chacun l’espoir d’une justice indépendante et impartiale, ainsi qu’une justice équitable afin de préserver notre précieuse Nation de l’arbitraire. Tous les Nigériens n’ont pas abandonné les grandes valeurs ; certains les portent encore en eux, ancrées profondément dans leur être. Il y a lieu de tout mettre en œuvre pour protéger les valeurs de justice dans notre cher pays.
La rédaction
L’Autre Républicain du jeudi 24 octobre 2024